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16/07/2014

Alors que la foule, toujours plus nombreuse, s'amasse au bord de l'univers
Alors que tu la suivais, t'y confondais, tu as soudain fait ce faux pas,
Et tandis qu'ils avancent, tant obstinés et plus sévères,
Tu as choisi de rester là.
« Ta main, prend ma main », vont-ils te hurler, pendant que l'ombre
L'ombre les décharne déjà par moments.
Voient-ils que la Cité qu'ils espèrent est en proie à l'ombre ?
L'ombre qui vit des flammes, religieusement.
 
C'est par un seul instant de lumière qu'on change ses combats
Pour pouvoir affronter les soleils qui dans notre reflet chantent sur le lac,
Il faut laisser passer cent fois le ciel comme l'étranger familier.
Une fois, poser sa joue face contre terre, paumes vers le ciel,
Où le tournoiement des oiseaux flotte
comme un bras de mer, plus loin vers le sud,
 
A la cadence de ces mille pas, comme ils t'avaient paru grands,
Te souviens-tu comme la gorge au c½ur, tu leur disais souvent ?
Tu rêvais les Autres, et d'un métier, et d'un nom.
Mais sous la couleur que l'ongle grattait ; Que d'indistincts coups de crayons...
Il y a eu tant de trous noirs dans leurs paroles, beaucoup trop d'étoiles sans plus de lumière,
Malgré cette vie qui s'étendait comme une mer qui a soif....

04/03/2014


"Les hiboux ne sont pas ce que l'on pense"
TWIN PEAKS.

Tags : Twin peaks

De la saucisse et de la purée. 04/03/2014

De la saucisse et de la purée.



J'ai débarqué dans le wagon à la va vite. Je m'étais cramée ma clope sur le quai et ma dernière latte avait été projetée au coup de sifflet du contrôleur. Avec mon gros sac à dos, mon air d'ahurie, je me pointe et découvre que je vais être tranquille et seule dans le wagon. Peinarde ! Je pose mes fesses sur le fauteuil côté fenêtre, à savoir ma place préférée, sauf l'été parce que t'es juste entre la clim et l'espace d'air ce qui t'assure la crève 3 fois sur 4. Messieurs de la SNCF je vous invite d'ailleurs à reconsidérer vos plans contre la canicule. Enfin, je sors mon livre du sac; "Féerie pour une autre fois de Céline" tout en attendant un peu avant de l'entamer, prenant le temps de jeter un regard circulaire sur le quai où la foule des passants s'agite.
Si j'avais été écrivain, je vous aurais menti en rajoutant de ci de là quelques personnages truculents pour rendre mon récit intéressant, mais honnêtement à part ce mec qui portait anachroniquement ce chapeau melon, X se confondait à côté de Y, en noirs vestons vêtus. Coup de théâtre, la porte de mon wagon s'ouvre sur une femme qui me dévoile par des yeux suspicieux et scrutateurs son désir de venir là. Merde. Le train au même moment démarre, ça fait des frissons pendant quelques secondes dans l'estomac, et comme si quelqu'un te poussait doucement vers l'arrière.
Non mais ça y'est, j'entends vos pensées au sujet de mon "merde" ! Non, je ne veux pas passer pour une misanthrope, mais franchement, être seule dans un wagon un dimanche matin c'est un peu le luxe du pauvre que la fortune offre sur un jet de dés : t'as à la fois la première classe que tu ne pourras jamais t'offrir et le sandwich du wagon restaurant qui coûte un bras + la taxe épaule.

J'acceptai cependant mon destin, accueillant la nana d'un sourire évasif, que je contrôlais histoire de ne pas être sardonique. Elle m'apparue grassouillette et blanche, un petit double menton sous le visage comme une vaguette d'écume. Ses yeux noirauds à la lumière d'opale de l'aube (ouah je suis trop une poète), farfouillaient dans son baise-en-ville, pendant que ses mains, petites et griffues en écartaient les bords de cuir. Je remarquai que ses cheveux, , épais et volubiles, (c'est une image, ça veut dire qui partent dans tous les sens) faisaient -crin de cheval-, rouillés d'un henné probablement tourné. Et vous savez, elle avait ce petit nez pointu, comme rajouté au visage, ce même bec qu'ont les chouettes hulottes avec un même air familier de rapace abruti.

Elle bouquinait des revues gynécologiques avec la tête de poupons sur la couverture, des gros titres en police jaune du type années 80 et hoquetait d'un air approbateur en tournant les pages. Je déteste ça. Je déteste les gens qui hoquettent en tournant les pages, genre -vas-y c'est trop intéressant ce que tu racontes et je suis totalement d'accord !-. A la fois, ça t'empêche de te concentrer sur ce que tu fais, et d'un autre côté, ça attise ta curiosité, que tu sais d'avance conduite à la frustration parce que ces gens vont pas se pencher vers toi pour te faire le récit de leur lecture. Je reste zen, et regarde le paysage. Oh mon Dieu, des vaches.
Quelque demi heures plus tard, un grand mec costaud entre dans le wagon. Je ne suis pas Sherlock mais considéré son treillis, son béret, et sa gueule patibulaire, je parierais qu'il s'agit d'un militaire. Evidemment, quand bien même le compartiment comptait six sièges en tout, l'armoire se pose à côté de moi et tire ses jambes comme d'interminables tiroirs. Droit, hiératique, il fixe le vide comme une statue, je me lance dans ma lecture, jusqu'à ce que...

Mais ouais, avec la nénette en face de moi, ils se lancent des regards, des regards étranges. La bouche de la femme devient lubrique, comme une personne qui fume une clope sans clope, ses lèvres s'avancent et se meuvent bouffant l'air. Elle passe une main dans ses cheveux, dégageant son front scintillant. L'homme la fixe, la fixe durement. La femme écarte les cuisses genre Charleston style, laissant entrevoir sa peau blanche et pleine de cellulite qui ressemble à la couche calcaire des roches dans les grottes. Attention, je ne critique pas j'en ai aussi, mais ça m'empêche pas de décrire ce que je vois. Les froufrous de sa robe, courte, à carreaux roses et blancs, comme une table de pique nique Barbie, jouent à l'anguille, qui glisse et repart le long des coraux. Le mec lui, il a des cristaux dans le regard, que l'ombre de ses sourcils penchés couvre d'un halo sinistre.
Je me sens alors comme cette mouche qui se posant sur l'écran d'un ordinateur, débarque sans jamais l'avoir demandé, dans un film porno. J'ai beau fixer dehors des vaches qui n'existent plus, je voudrais que mon corps disparaisse pour laisser ces deux êtres seuls. Je ne veux pas être là, je me sens voyeuse, et je trouve ça dégueulasse. Je n'ai pas envie de partir bon sang, avec le sac et tout ce serait trop galère et puis, est-ce que je me fais des films?
De la saucisse et de la purée.

 
 
Vision d'horreur, la femme ouvre ses cuisses et ne porte pas de culottes. Mais non, mais beurk, mais je ne veux pas. Est-ce que ses petits yeux ont un champ de vision si minuscule pour ne pas réaliser que je suis là et que je fais coucou du chef ? ( Je ne sais pas ce qu'il me prend, mais je décide de souffler super fort, genre un soupir qui vient du coeur, ulcéré. Ce genre de soupir de grand mère devant le prix des choses qu'elle a vu augmenter, ou de ce bourgeois voyant la queue à la boulangerie et n'en peut plus d'être patient après cinq minutes. )

Ce n'est même pas qu'ils en ont rien à foutre, mais si. La nénette me jette un regard de pute sur la vierge et prenant à parti l'armoire hausse les épaules d'agacement. Je me tire, cette fois ci je me tire. Avant de quitter la pièce, je me décide à fixer trois secondes (1.2.3) dans les yeux la nana avec un air mauvais. Il faudra que je m'entraîne, parce que ça l'a juste fait rire. Je prends mon sac, mets trois plombes à le mettre sur mon dos parce qu'il est super lourd, et je finis dans le couloir du train parce que tous les autres compartiments sont occupés, assise sur mon sac. Vous savez quoi? Le contrôleur passant valider mon billet me sort :" Ceci n'est pas une place passager Mademoiselle (avec un ton ampoulé) je vous invite à regagner votre place". Vu que je n'ai pas envie de raconter cette histoire complètement dingue à un fonctionnaire inconnu, je lui réponds simplement avec un air faussement niais et optimiste que je suis bien ici, ce à quoi il m'intime à présent de rejoindre cette fucking (les anglicismes atténuent la grossièreté) place. Je me bouge les fesses (j'ai pas assez de caractère je sais) et heureusement, à l'arrêt suivant j'ai en effet trouvé une place...à côté d'une nana de cinquante balais, fan de l'extrême droite, qui dans un élan de générosité m'a fait partager sa vision de la jeunesse et du savoir vivre.

J'aimerais conclure sur une sorte de pamphlet moralisateur/iste, à la façon de La Fontaine mais sans le style et l'esprit, en disant aux lectrices de Harlequin et de Françoise Simpère que la vie n'est pas un mauvais roman érotique amoureux. Vous savez, ce n'est pas l'exhibition ou la perversité qui rendront votre vie plus excitante, et le regard qu'on vous porte plus doux ou plus épris. Si un jour cette meuf du train peut me lire, qu'elle apprenne que ce mec a juste vu en elle la possibilité de se vider et de raconter plus tard à ses copains comment "une pauvre meuf l'a chauffé dimanche dernier". Tu étais juste un jouet dans cette situation complètement stéréotypée et glauque, rien de plus, y a rien à en retirer de grandeur ou d'ambitions personnelles.

Je me fous complètement de vos attentes sexuelles, de la façon dont vous gérez votre vie, je suis même la personne la plus cool du monde, mais sans déconner, le respect commence là où s'arrête celui d'autrui, et moi, ce genre de vulgarité me donne vraiment la nausée parce que je trouve ça pitoyable et sordide, surtout parce que je l'ai subi. Je ne veux pas vivre dans un porno, dans un monde où tout est sexualisé. Je hais déja ces publicités où on me force à voir du café sponsorisé par Clara Morgan ! Les médias, l'industrie du porno nous offrent chaque jour des schémas complètement biaisés des rapports humains, et les uns et les autres devenons des objets, des figures de papiers glace aux dépends de nos véritables désirs et de véritables jouissances. A mon humble avis, certaines personnes vivent dans un cauchemar sans s'en rendre compte, c'est effrayant. Faut arrêter les filles, vous n'êtes pas des dolls, vous n'êtes pas de plastiques, alors arrêtez de craquer.

04/03/2014

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- Honni soit qui mal y pense ! -
(Devise de l'Ordre de la Jarretière en Angleterre)
Je ne sais pas en quoi consiste cet ordre, mais j'adore son nom.

Remix from tutubanban

04/03/2014

A quelle pluie ? A quelle goutte sur la feuille ? A quel dard du soleil ...
Se sont mêlés ses yeux fauves pour voir que sur le sol,
Une fleur seulement sur mille naîtra, un pas peut être sur des milliards ira sur l'autre route?
Et qu'une vie à peine meurt comme un instant.
Qu'en était-il de son ombre et de sa main noire qui arquait ses espoirs vers l'Horizon?
Avant il n'y avait ici que le désert et la brume, la perpétuelle errance et l'insondable supplice
Qu'attend l'homme qui ne sait pas, ne connait pas, sinon survivre?
Mais il fallût que le rêve pointa telle l'aiguille, pareil à l'étoile qui chute
Pour que l'Homme porte le monde comme un panier d'oranges toujours trop lourd pour lui.
Car, toujours poussé par la cabale, toujours plus pressé de fuir,
c'est avec les mains broyant son visage qu'il parvint à genoux.
Heureux sont les aveugles d'avoir ainsi arraché leurs yeux, d'avoir laissé à la mer du coeur
le soin de tout éponger, et d'au soir jeter son écume dans une bouillonnante lubricité.
Courez, éparpillez, déchirez en lambeaux, vos ombres comme des lucioles !
A l'orée de cette mâchoire géante qui tant à tant dévore,
Les silhouettes dansent comme crépitent et flambent les bûchers.
Faut-il que nos mains toujours se creusent pour rattraper la mer ?
A quel point doit-on hurler pour percer les auvents....
Pour redonner aux yeux de l'Homme un pont vers la Lumière?

Tags : erik johansson